PD 1 Ulysse et Télémaque.jpg
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Transcription

Cette chanson, qui sous couvert de référence au héros d’Homère porte aux nues la mémoire napoléonienne, apparait en 1817. Elle est signalée pour la première fois par le préfet de la Haute-Garonne au mois d’août, il la transmet au ministre de l’Intérieur qui lui demande, en retour, de surveiller attentivement les anciens officiers de l’Empire (des « demi-soldes ») qui la font circuler, tout en précisant, que « les coupables sentiments [que cette chanson] exprime y est tempéré (sic) par l’emploi d’une allégorie qui ne lui promet point une vogue populaire ». Lourde erreur ! dans les semaines, mois et années qui suivent elle est signalée par les préfets d’une trentaine de départements, ce qui signifie qu’elle doit être connue dans l’ensemble du territoire, et même, d’après certains témoins, en Italie. Pourtant elle n’a, à notre connaissance, jamais été imprimée et nous ne la connaissons que par les retranscriptions qu’en ont faites quelques employés de préfecture. L’extraordinaire succès de cette chanson séditieuse, pourchassée par la police de la Restauration, nous apporte d’utiles renseignements tant sur la diffusion de la légende napoléonienne que sur la circulation chansonnière qui pouvait s’appuyer sur d’importants réseaux de chanteurs de rues et ambulants et bénéficier de l’augmentation des mouvements de population, qu’ils soient liés aux migrations du travail, encore essentiellement temporaires, à la conscription ou au service de la garde nationale. Sans reposer sur un quelconque support imprimé, des couplets interdits pouvaient ainsi être entendus, tant dans des réunions privées – où ils ne risquaient pas d’être pourchassés – que dans des débits de boisson, au coin des rues et sur les places des villages. De bouche à oreille ils se propageaient, échappant certainement le plus souvent à la vigilance des agents de l’autorité. Ceux qui les interprétaient pouvaient expliquer le sens caché de ces couplets à leur publics sûrement plus familiarisés au nom de Napoléon qu’à celui d’Ulysse. La satire ou l’allégorie, que le texte ou le dessin ne permettent pas toujours de comprendre, deviennent parfaitement claires quand elles sont chantées par un interprète qui en explique le sens, faisant ainsi de tout auditeur un complice de sa malice et un agent potentiel de propos subversifs. La chanson peut ainsi devenir un excellent vecteur, notamment dans les milieux populaires, de diffusion d’un esprit frondeur qui peut facilement être assimilé à une opinion partisane.